Reprenons notre histoire où nous l’avons laissée.
Notre famille de saltimbanques aux semelles de vent a donc posé ses valises et enfilé ses chaussons de feutre dans le cocon de la Snat61 de l’Orne. Après un été bucolique et parfois un peu arrosé (n’oublions pas que nous sommes en Normandie), elle a raccroché son costume de cigale pour enfiler celui de fourmi et s’est remise au travail. Astiquer, policher, récurer, lessiver… il fallait que les 3 Théâtres soient rutilants pour l’ouverture de la saison 24-25 ! Rien ne devait être laissé au hasard car le grand Showtime approchait à grands pas tout devait être prêt pour faire entrer les spectateurs. Pour cette grande occasion, la famille avait convié des invités de marque : des amis parisiens avec lesquels, autrefois, elle avait pour habitude de danser le French Cancan. Trois jours durant, avec la complicité de l’Oiseau joli et de Luce Gastion, ce fut un enchantement de plumes et de paillettes, un antidote à la morosité qui peut parfois surgir, lorsqu’arrive la rentrée.
Puis, on ouvrit la billetterie. Les spectateurs étaient si contents de la perspective de se retrouver qu’on improvisa une bacchanale de champignons ! Il fallait en profiter car c’était l’automne et, que l’Orne regorge de merveilles mycologiques grâce à ses étendues de forêts. Tout le monde est donc parti à la cueillette. Fort heureusement, Lilith était avec nous. Et comme elle a fait médecine, mais la Grande Médecine, celle des contes de fées, elle pouvait vérifier chaque spécimen et éliminer tous les très méchants, afin que personne ne tombe malade. N’oublions pas que notre famille avait banni la méchanceté de son existence. C’est même à cause de cela qu’elle avait quitté Paris. Il fallait donc être très prudent pour ne pas qu’elle revienne au grand galop.
Bref ! Les abonnements battaient leur plein. Même si on était forcés de constater que le fracas du monde les affectait un peu. On se grattait la tête. On se caressait la barbichette. Que faire pour redonner de l’espoir, de l’apaisement, de l’amour ?
« Ôôôô ! », dit soudain l’une d’entre eux.
« J’ai une idée ! Il est prouvé que le théâtre est un profond anti-dépresseur. Il faut donc le rendre obligatoire ! C’est tout de même mieux que de prescrire des pilules fluorescentes. Non ?
– Aaaaaahhhh ! Mais oui ! C’est excellent ça ! Voilà LA solution ! » répondirent en cœur les autres membres de la famille.
Et les idées de fuser ensuite :
« Il faut aller voir Madame ose Bashung pour avoir le vertige de l’amour… ;
– Et envoyer du rêve avec What will have been… ;
– Mais aussi mettre du gros vent dans les voiles avec Storm… ;
– Ou encore jouer les Enfants terribles jusqu’à ce que mort s’en suive… ;
– Et pourquoi pas danser Du bout des doigts les plus grands ballets du répertoire ! »
Quel océan de possibles pour passer de l’ombre à la lumière ! Et toutes en chœur de proclamer pour finir : « Ôôôôô comme tout ceci est réconfortant ! Ôôôôô comme tout ceci est apaisant ! ».
Alors comme ça, le pire n’était pas certain, il suffisait de venir au Théâtre pour y échapper !
Et cette révélation allait changer leur vie pour toujours !